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Une école de la vie

Admiration pour mon professeur d'histoire de la musique
  
Par : Mireille
  
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image-11 Septembre 1966 : rentrée des classes au Conservatoire de Marseille. Nous sommes un groupe d'une dizaine d'étudiants inscrits aux différents cours devant nous permettre d'enseigner la musique à des élèves de collèges et lycées. En ce jour de rentrée, nous avions le matin « subi » le cours de pédagogie, avec 4 heures de dictées musicales !

Après une courte pause, retour en salle pour le cours d'histoire de la musique. Surprise : le professeur n'est pas là. Attente... puis nous voyons surgir d'on ne sait d'où un homme qui commence son cours sans tarder. Un débit de parole hallucinant, nous prenions des notes comme nous le pouvions en tentant de suivre ce rythme insensé. Impossible, il nous semait.

Le voici quatre heures durant debout, avec sa chaise qu'il torturera sans cesse en la balançant devant ou derrière lui, d'un côté à l'autre. Un temps j'ai lâché mon stylo pour l'observer, j'avais depuis un moment renoncé à prendre des notes ! Je me suis dit que ce garçon avait soit arrêté de fumer, soit rencontrait de sérieux problèmes personnels ! J'appris plus tard que ce n'était pas « soit » mais « et » ! Problèmes conjugaux, une nouvelle compagne qui lui demandait l'arrêt de la cigarette et pour couronner le tout : abandon de la région parisienne pour venir en Provence ! C'était trop pour un seul homme.

A la sortie du cours notre groupe s'était scindé en deux : les « pour » qui trouvaient ce gars génial bien que quelque peu hystérique et les « contre » qui décidaient de ne plus remettre un pied au cours d'histoire de la musique. J'appartenais au premier groupe et revins en seconde semaine. Devant les rangs clairsemés notre professeur avoua : « c'est toujours ainsi : ou on adhère à mon style ou on lâche tout de suite, mais quand on adhère c'est pour un moment ».
Et pour moi le moment fut long, d'ailleurs il dure encore. Longue tranche de vie.

Il s'appelait Marcel FREMIOT. Ses connaissances musicales, historiques étaient immenses. Musiques savantes, populaires, contemporaines, chant grégorien, tout le passionnait et il transmettait ses passions. Mais surtout c'est par son regard original, critique, libre, irrévérencieux parfois, qu'il m'a fait aimer et comprendre bien des aspects de l'évolution musicale au cours des siècles.
Ses cours étaient jubilatoires. Il fallait accepter de remettre en cause bien des idées reçues et dès lors l'analyse des œuvres prenait une toute autre dimension au filtre de son regard neuf, iconoclaste.

Cet homme athée m'a fait découvrir et aimer la Missa du Pape Marcel de Palestrina, les motets de Monteverdi et la Passion selon Saint Mathieu de Bach. Ce passionné de chants grégoriens m'a fait découvrir la musique contemporaine, plus précisément la musique électroacoustique qui est devenue l'un de mes modes d'expression.
Pédagogue, musicologue, compositeur, chercheur, Marcel FREMIOT m'a montré le chemin, mon chemin : celui de la liberté de penser, du non conformisme, pas à tout prix, mais par conscience, par exigence, par désir d'explorer des sentiers nouveaux, par désir de beauté, par façon d'être ouvert à tout, et quand il faut exclure, de ne le faire qu'en connaissance de cause.
Cette obligation d'ouverture a dépassé très vite les questions seulement esthétiques ou techniques en ce qu'elle relevait d'une façon d'être en général, d'un principe de vie : ouverture aux autres, aux différences, aux bizarreries.

Je dois à Marcel FREMIOT d'avoir été reçue en 1974 à la SACEM, première femme compositeur avec une œuvre de musique électroacoustique. Je lui dois mon amour de la musique des troubadours et des musiciens d'aujourd'hui, je lui dois mon goût des aventures professionnelles.
Son regard aiguisé sur le monde, sur la société, sa parole libre, son courage, son talent, son intelligence lui ont permis d'emprunter un chemin singulier, loin des cours, des courants, des cénacles et des chapelles si nombreux dans les milieux culturels... lui qui n'a jamais rien fait comme tout le monde y compris dès ses débuts... en naissant un 29 février !

Il ya a quelques années, je lui ai téléphoné afin qu'il préside un concours de musique sacrée que je contribuais à organiser à Moissac. Il parlait à peine moins vite, il ne triturait plus les chaises, mais continuait à transmettre ses passions et son niveau d'exigence n'avait pas baissé.
Sur bien des points, je me sens de l'école « Marcel FREMIOT », pas exclusivement, mais intensément. Merci Marcel !

Mireille COURDEAU
Février 2013

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