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Samedi matin jour de marché

Le bonheur est dans les détails
  
Par : MA
  
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Plume momentIl faisait un temps magnifique ce matin. Un temps à être heureux, assurément. Un de ces matins où les envies s’amoncèlent, dévalent les pensées 4 à 4, et où – bien sûr – je vais faire tout cela, avec la forme que je tiens, exceptionnelle, comme la météo.
Même la voiture qui t’emmène « faire ton marché » a pris un coup de jeune durant la nuit. Ca roule, tout roule.
En fait c’est un simple samedi matin d’octobre ce matin-là, pareil à tous les samedi matin, jour de marché, sauf que ce matin, il est peut-être pareil, mais ça n’a rien à voir, c’est comme ça !
Tu arrives au marché de bonne heure et de bonne humeur. Tu te gares pas trop loin, en 2 secondes, il n’est ni trop tôt ni trop tard, il y a du monde, mais pas trop. La journée t’appartient comme si c’était la première fois.
Tu achètes tes légumes mais au fond de toi, tu croirais presque que tu milites pour Greenpeace. Il n’y a pas de noix, qu’à cela ne tienne, le potimarron c’est tellement bon… Ca vous intéresse 10 centimes ? Non ! En même temps, moi non plus, ça ne me passionne pas vraiment les centimes, j’avoue. Tu es aimable, tu crées des liens privilégiés avec des poulets, des poireaux… Tu es amour, c’est parfait !
Tu as maintenant salué assez de personnes pour te sentir vivante, et dépensé assez d’argent pour te croire riche. C’est le bon moment pour partir… simple mesure de précaution. D’autant que ton programme est chargé, et qu’un autre marché t’attend. Quinze bornes de plus ? Une bagatelle ce matin !

Changement de décor, mais toi, tu restes sur ta lancée. L’échauffement était parfait. Ca fait bientôt une heure que tu t’y vois, assise à la terrasse d’un café, au soleil. Un expresso avec un verre d’eau s’il vous plaît… La première bouffée du premier cigarillo de la journée… Tu vois très bien la scène.
Mais patience, ce n’est pas pour tout de suite, tu dois d’abord « passer à la médiathèque ».
En arrivant, tu aperçois Fleur, Patricia et une de leur copine qui s’en grillent une devant l’école de musique. Elles te sourient. Tu penses – c’est joli un bouquet de femmes dans des volutes – et déjà tu leur fais la bise-bonjour-comment ça va-bien et toi – il fait beau-bonne journée, et tu entres dans la médiathèque. Ca se bouscule à l’entrée. C’est pareil tous les samedis. Paniers, enfants, tout le monde se connaît ici.
Ah, c’est qui cette jeune fille à l’accueil, elle est nouvelle ? Vous êtes ? Pas de réponse. Elle ne sait pas peut-être. Quelqu’un répond pour elle. C’est la nouvelle petite stagiaire – Ah ! admiratif. J’en ai connu d’autres, même profil.
Et le ballet continue. Tu l’as lu ? Ca t’a plu ? Tu devrais voir ce film. On s’appelle, je file j’ai pas fini mes courses. On s’prend un café plus tard ?...
Et finalement tu t’éclipses et tu t’équipes : celui que tu as vraiment envie de lire, la friandise c’est pour manger tout de suite ; celui qui te permettra, si l’occasion se présente, de dire – ah oui, je l’ai lu pas mal… Et le troisième pour la route, intello-philosophico-accessible, qui correspond tellement à ton chemin intérieur actuel… tu sais, ta vie quotidienne parsemée de râteaux, de boue, de grains de sables qui bousillent les engrenages si bien huilés… etc…
Allez, encore deux ou trois courses, bio – c’est bon pour toi, un peu cher mais il faut savoir ce que tu veux – et tu pourras, enfin, te poser, pourvu qu’il y ait une table libre, mais oui, c’est une journée placée sous le signe du tout me réussit aujourd’hui !...
Tu n’as toutefois pas encore atteint ton quota pour que ta matinée soit un sans faute, que tu puisses te regarder dans le miroir de ta vie sociale épanouie.
Ce matin, tu cartonnes : le maire entouré de quelques conseillers, des présidentes d’associations diverses, les bénévoles, cerise sur le gâteau des parents d’élèves, enfin les copains en famille… Il ne manque que la tienne, pas tout à fait, puisque tu t’es octroyé ce temps pour toi, en excellente compagnie avec toi-même.
Finalement l’horloge sonne la demie de onze heures, lorsqu’enfin tu te diriges, tasse à la main - trop chargée pour le verre d’eau – vers LA table libre en terrasse, en plein soleil. Ca c’est un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !
Coup d’œil rapide, mais coup d’œil sur ton portable – pas d’appel c’est pas grave je suis bien, j’ai des bouquins, super, lequel en premier ? – lorsque soudain, de l’autre côté de la place, la catastrophe déboule : reste pas toute seule, viens avec nous…. C’est foutu, d’autant plus que les trois chaises vides à ma table ont sournoisement fait de l’œil à d’autres copains que t’as pas vu arriver, de dos…. Et ton café tiédit. L’horreur.
Finalement, tu te lèves ; tu embrasses d’un regard efficace toutes les tablées, t’as remballé tes affaires – ah mon briquet, ouf, il est en sécurité dans ma poche…. Ils sont tous beaux ce matin à l’apéro. On se croirait en vacances.
En une fraction de seconde, je coupe le son, je vide la place, je la traverse seule, accompagnée du claquement cadencé de mon pas décidé. Puis je convoque, d’un battement de cil, tous les autres, ceux croisés il y a cinq semaines déjà ! Là je mélange les images, je les superpose… des absents, des fantômes, des souvenirs, des conversations croisées elles aussi. Personne ne s’est aperçu de rien.
Désolée, je dois y aller, c’est moi qui ai le repas ! Les 12 coups retentissent de l’église, c’est un signe. On s’est tous assez vu et tous assez montré.
Quel beau samedi matin !
Ah mes clés, où sont mes clés de bagnole ?
Allo oui, c’est moi, j’arrive, je suis encore au marché.

Sur le chemin du retour, où tu profites encore un peu en solitaire de la beauté des choses en pleine lumière, le panier empli de - ça va leur faire plaisir, on va se régaler – tu as la furtive sensation de revenir chargée de trésors.
Tu arrives chez toi, tu décharges la voiture seule, chacun a profité de son temps pour soi, et un sentiment étrange te gagne, comme si tu rentrais d’un lointain voyage.

Contact

Association JADES - La Cheminée

14, rue du vieux pont - 82240 Septfonds
Entrée public : 
1, bd des Mourgues
bruno@lacheminee.fr
05 63 67 74 73

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