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Dans la nuit

Aventures spéléologiques
  
Par : Michel
  
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Yannick Coume Seules  quelques voitures osaient encore s’aventurer à cette heure sous la voûte des Quercus. Depuis cette route reliant Saint-Cirq à Cazals, elles balayaient de leurs phares le centre de ventilation posé sur l’entrée du l’Igue.

Le silence qui régnait sur la petite clairière n’était troublé que par le léger feulement des pales du ventilateur et le timide ronronnement du groupe électrogène. On entendait aussi les petits «splashs» des gouttes de pluie qui s’étalaient sur la bâche tendue au-dessus de l’entrée du tube.

En prêtant l’oreille, un murmure de conversation était perceptible… Quels êtres étranges, en ces lieux et par ces frimas, pouvaient maintenir un tel foyer de paroles ? D’où pouvaient bien provenir ces discussions ponctuées de mots si étranges : «le seau !», «ça coince !», «viendrai avec la masse», «tu passes le camion», «coulée», «cailloux noirs», « Vers ou Cras ? », «tire !»….

C’était lui : disposé sur la caisse rouge de chez «Hilti», à l’abri de la pluie, cet ensemble bien étrange de fils, d’acier et de plastique laissait échapper de légers filets de voix. C’était le «généphone» de service, ancienne version, en bakélite, avec casque et micro, datant de la deuxième guerre mondiale mais qui fonctionnait à merveille. Il reliait la surface au point dur, tout au fond du trou !

En effet, 55 m plus bas, l’équipe travaillait dans le passage de l’Hippopotalaboue. Rémy, en tête, dos à «la suite», repoussait l’infâme argile qui, comme le disait Lucky Lucke de son café, n’était «pas assez liquide pour nager et pas assez solide pour marcher». Yannick, lui en marche avant, à grandes brassées, enfournait cette matière indéfinissable qu’il agrémentait de quelques menus gravats encore reconnaissables dans le seau ou le «camion» qui se présentait dans son dos. Chargés par une main et un bras dont l’humérus devait plus tenir de celui de la taupe que d’un être humain, ces containers étaient ensuite traînés, tractés par ce qui devait être une autre main gantée, celle de Michel. Il effectuait une marche arrière sur les genoux et sans visibilité dans l’étroit conduit méandrique qui menait à la salle, base du Puits du Jeudi. Là, Philippe, tel un «chargeur» de carrière, réceptionnait la «matière» et prenait le relais pour les hisser puis les basculer à l’arrière du haut mur faisant barrage.

Nous reconnaissions la présence de ces acteurs à la blancheur de leurs dentiers d’où sortaient les mots si étranges perçus depuis la surface et leur identité à la couleur de leurs yeux, seuls éléments tranchants dans cet univers monochrome teinté par l’argile locale.

Bien plus tard, à la surface, un ange blanc est passé laissant choir sur notre ouvrage des crottes au chocolat fourrées, revêtues de vermeil froissé. De la boîte transparente qui les protégeait s’échappaient des reflets mordorés qui s’éparpillaient dans le sous bois. Les mains fripées extraites des gants menèrent aux dentiers ces fameuses crottes qui furent fort appréciées des trois participants peu avant que le froid et la prise de l’argile ne les statufient sur place.

Merci à Sandrine pour ce grand moment de bonheur.

Michel

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